Un jour il y eut une grande dispute entre l'aigle et le roitelet.
Vous direz que la dispute était étrange et devait être inégale, car entre un oiseau aussi puissant et aussi terrible que l'aigle et un tout petit roitelet de rien du tout, on pourrait penser que la lutte serait bientôt terminée.
Voici quel était l'objet de leur contestation. Ils avaient parié à qui volerait le plus haut. Tous les oiseaux du royaume d'oisellerie devaient assister au tournoi ; le vainqueur devait être proclamé roi.
Vous pensez si l'aigle se mit à rire en se présentant pour lutter avec le roitelet. Mais le roitelet, lui ne riait pas ; il était même tout à fait sérieux.
On donne le signal : un, deux, trois ! Les deux rivaux partent ensemble, mais d'une façon différente. L'aigle s'était envolé en faisant de grands cercles suivant sa coutume ; quant au roitelet, il était monté tout droit dans les airs.
Lorsque l'aigle fut arrivé à sa hauteur, le petit roitelet, qui se sentait fatigué et qui allait être distancé par l'aigle, se posa tout bonnement sur son dos. Les plumes de l'aigle sont si épaisses, sa peau si dure, et de plus le roitelet est si petit, si petit, si léger, que l'aigle ne sentit rien du tout.
Cependant l'aigle continue à voler de toutes ses forces ; il atteint des hauteurs inaccessibles, si bien qu'il finit à son tour par être fatigué et qu'il crie :
"Ah ça ! où es-tu, petit roitelet ? Je pense que tu es à trois mille pieds au-dessous de moi et que tu as renoncé à la lutte ?
- Mais non, mon ami, répondit le roitelet. Je suis juste au-dessus de toi."
Et c'était la vérité. L'aigle, trop las pour continuer, dut s'avouer vaincu, et céder pour une année son tour de royauté au roitelet, qui fut, comme son nom l'indique, le plus petit roi que les oiseaux aient eu.

Arsène ALEXANDRE