renardLe renard, comme on sait, a une grande réputation de malice, et il la mérite. Mais cela ne l'empêche pas quelquefois d'être attrapé tout comme les autres.
Voici une aventure où il fut dupé par un jeune coq, qui sut, non sans peine, se tirer des pattes du méchant animal.
Le renard avait rencontré ce coq sur le bord de la route, et le coq, tout jeunet n'ayant encore jamais vu de renard, se laissa aller à faire la conversation.
Maître renard mit l'entretien sur les plus beaux tours que peuvent jouer les animaux.
Le coq, vaniteux comme un petit débutant dans la vie qu'il était, soutint qu'il était capable de faire tous les tours possibles.
"Oh ! réplique le renard, je parie bien que tu ne saurais pas faire ceux de mon grand-père.
- Allons donc ! dit le coq. Qu'est-ce qu'il faisait donc de si malin ?
- Eh bien d'abord, il fermait les yeux et poussait un cri si aigu, si sonore, qu'on en avait les oreilles déchirées.
- Tu tombes mal, dit le jeune coq. Écoute moi cela."
Et il ferma les yeux, puis il commença un coquerico de toute la force de ses poumons. Mais le renard ne guettait que ce moment dont il profita pour saisir l'imprudent chanteur par le cou à pleine gueule ; et il le tenait ferme, puis il emporta avec lui le naïf volatile plus mort que vif.coq
En chemin, ils rencontrèrent le fermier, maître du coq qui se mit à faire la chasse au renard en criant : "Misérable ! veux-tu bien me rendre ce coq qui m'appartient !" Et il se mit à courir si fort que le renard craignit d'être attrapé.
Bien que serré par le cou, le coq parvint à dire au renard : "Écoute, tu n'as qu'un moyen de te sauver, c'est de dire que je suis à toi et non à lui, et s'il m'interroge, je dirai que tu as raison."
Le renard s'empressa de suivre ce bon conseil : "Ce coq est à moi !" s'écra-t-il, et il va te le dire lui-même que je ne mens pas."
Mais le petit coq, à qui la ruse était venue vite dans le danger, avait déjà pris sa volée avant que le renard eût fini son discours.

Arsène ALEXANDRE