Des contes et légendes

Mais aussi des histoires pour apprendre la morale de façon ludique.

18 juin 2009

Si je vous fais plaisir...

com

Posté par choupanenette à 08:50 - Dessin - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

16 juin 2009

Le costume d'Arlequin

Aux environs de Venise, cette belle cité qu'on a si justement appelée la reine de l'Adriatique, vivait, il y a plusieurs siècles, un écolier modèle, qui se nommait Arlequin.
Il était l'orgueil de ses parents et donnait l'exemple à ses camarades par sa bonne tenue et son excellente conduite. Il avait toujours les meilleurs places dans toutes les compositions, et les premiers prix dans les concours. Personne ne songeait à en être jaloux, parce que le brillant élève demeurait modeste au milieu de ses succès, autant qu'il se montrait obligeant pour chacun.
L'usage alors était de donner un vêtement neuf à tous les enfants, à l'occasion du Carnaval, cette fête joyeuse par excellence, qui est, à Venise, particulièrement brillante.
Les écoliers attendaient ce jour avec impatience pour réaliser les petits rêves de vanité qu'ils avaient pu caresser pendant toute une année. On était fier de parler à l'avance de ce costume nouveau, et d'en discuter la forme et la couleur avec ses camarades.arlequin
Seul, quand ses camarades s'entretenaient de tous ces heureux projets, Arlequin gardait le silence.
A la fin, un de ses amis, étonné de ce mutisme, lui demanda :
"Et toi, Arlequin, tu ne nous dis pas quelle sera la couleur de ton habit !
- Moi, répondit l'enfant simplement, je n'en aurai  pas cette année ; nous ne sommes pas assez riches, et mes parents trouvent que cela coûterait trop cher.
- Ah ! pauvre Arlequin !" s'écria l'écolier.
Aussitôt, il lui vint une généreuse idée qu'il s'empressa de communiquer à tous ses petits compagnons, à l'insu d'Arlequin.
"Ne trouvez-vous pas, dit-il, que ce serait triste pour nous si, dans cette belle fête du Carnaval, nous voyions notre meilleur camarade se tenir à l'écart et ne pas prendre part à nos jeux, sous le prétexte qu'il n'a pas d'habit ?"
Tous furent de son avis.
"Eh bien ! continua le jeune garçon, je propose que chacun prenne un morceau au costume qu'on doit lui faire, pour l'apporter à Arlequin. Il aura ainsi ce qu'il faut pour qu'on lui en confectionne un.
- Oui ! Oui !" s'écrièrent tous les petits Vénitiens. Le projet était accepté.
Le lendemain, tous les écoliers arrivaient, rayonnants de bonheur, présenter leur offrande à Arlequin.
Or on sait que dans les pays du chaud soleil, on aime non seulement les étoffes légères, mais aussi les couleurs voyantes. Le peuple de Venise ne faisait pas exception à cette règle ; mais les écoliers, agissant dans tout l'élan de leur coeur, n'avaient pas songé à cette diversité de nuances. Qu'on juge de leur confusion en voyant combien tous ces morceaux dissemblables rendaient leur cadeau bizarre.
Arlequin touché jusqu'aux larmes du sentiments qui les avait guidés, et devinant leur embarras s'écria :
"Rassurez-vous, mes bons camarades, aucun présent n'aurai pu me faire un plus vif plaisir. Vous vous chagrinez du nombre des pièces qui formeront mon costume, et je trouve, moi, que plus il en contiendra, plus il devra m'être précieux, puisque chacune d'elles me représentera un ami."
En effet, le jour du mardi gras, Arlequin endossa avec un bonheur sans pareil ce vêtement bariolé, qui fut compété par un chapeau de feutre gris, orné d'une queue de lapin.
Alors, armé d'un sabre de bois, et le visage couvert d'un masque noir, il parcourut les rues de la ville, en sautant et en dansant, laissant déborder sa joie par toutes sortes de gentillesses et d'aimables saillies, dont il gratifiait tous ceux qu'il rencontrait.
Aucun déguisement ne recouvrit jamais un coeur plus joyeux que celui-là.
En est-il beaucoup, parmi les imitateurs d'Arlequin, qui savent au moins quel trait d'amitié touchante à perpétué la bigarrure de son costume ?

Marie de GRAND MAISON

10 juin 2009

La maladie de Madame Chatte

image530Un soir, dans le grenier très noir, derrière les caisses garnies de paille où le peuple des souris et des rats avait élu domicile, une grande nouvelle se répandit : Mme Chatte était malade !
Mme Chatte, c'était une belle minette, que l'on voyait se glisser le soir sur les gouttières, et qui, à pas menus, venait sans bruit, parfois rôder dans le grenier.
Mme Chatte, c'était la gardienne du garde-manger, rempli de choses succulentes. Mme Chatte, c'était l'ogresse des souris, qui, d'un coup de sa patte agile, vous les saisissait au passage, et d'un coup de dent les croquait, avant que les petites bêtes grignotantes eussent pu seulement faire : "Cuic !"
Aussi, lorsqu'on sut que Mme Chatte était malade, on porta en triomphe M. Raton qui avait apporté la bonne nouvelle.
"Oui, dit M. Raton, la cuisinière l'a mise dans un panier, et l'a portée chez le vétérinaire, qui est le médecin des chats. Je vis la chose, caché sur le buffet.image536
- Elle va peut-être mourir, dit Mme Raton. Je propose de fêter ce beau jour, en donnant un bal à la cuisine, quand tout le monde sera couché."
La proposition fut acclamée, et, quand minuit sonna, on aurait pu voir toutes les souris et tous les rats qui, trottinant sur la rampe de l'escalier, se faufilaient jusqu'à la cuisine.
Ah ! quelle belle surprise, mes amis ! Il y avait là des noix délicieuses, des biscuits bien sucrés, du lard rance exquis, un fromage de Hollande entier, que sais-je !
On commença par bien manger. Puis on dansa. Puis, comme la danse ouvre l'appétit, on recommença à manger. Puis, comme la danse active la digestion, on dansa de nouveau. Ainsi ce fut une belle fête.
Mais le matin, à force de manger, de danser, de manger encore, et de danser toujours, rats et souris se trouvèrent si fatigués, que sans force pour remonter chez eux, ils s'endormirent dans tous les coins de la image537cuisine.
Or, la maladie de Mme Chatte n'était pas très grave : elle avait simplement une arête dans le gosier. Le vétérinaire lui fit prendre du sirop d'épicéa, et, le matin il la renvoya chez elle par un commissionnaire, tout à fait guérie.
Personne n'étant réveillé dans la maison, le commissionnaire glissa Mme Chatte par le soupirail de la cave et s'en alla. Mme Chatte fit un brin de toilette et monta tranquillement vers la cuisine, pour boire un peu de lait. Et elle entra.
Ah ! mes enfants, ce ne fut pas long. Quand elle vit tout le peuple souris endormi, un coup de patte ici, un coup de griffe là, en trois minutes la place fut nette. Seuls M. et Mme Raton, qui connaissaient une cachette, purent échapper au massacre.image95
"Ecoutez-moi bien, disaient-ils plus tard à leurs petits-fils, en leur racontant ce terrible drame : si l'on vous dit que le chat est malade, n'en croyez rien. Si l'on vous dit qu'il est mort, tenez-vous sur vos gardes. Si l'on vous dit qu'il est enterré, méfiez-vous encore."
M. et Mme Raton avaient raison ; mais les jeunes ne profitent jamais de l'expérience de leurs aînés, et les petites souris imprudentes continuent à se faire croquer par les chats.

Posté par choupanenette à 14:58 - Histoire d'animaux - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

04 juin 2009

Le ruban de la fée Ginette

fille088Lucette avait les yeux bleus, les cheveux dorés, et elle était toute mignonne, malgré ses pauvres habits étriqués et usés. Tout le jour, bien qu'elle n'eût que dix ans, elle travaillait avec son père dans la forêt, ramassant du bois mort, faisant de petits tas de branchettes menues ; puis, le soir, quand on rentrait dans la cabane, elle faisait cuire les légumes du maigre repas, rangeait les outils du bûcheron, et s'endormait sur sa couchette, si peu douce et si peu moelleuse, un sourire aux lèvres.
Lucette chantait dès son réveil, et pourtant sa vie était dure. Elle était la sixième enfant d'une famille de pauvres bûcherons. L'hiver, le froid entrait dans la hutte mal close, et jamais on n'eût connu là une heure joyeuse sans la bonne fée Ginette.
Ginette aimait ces malheureux ; souvent, elle s'arrêtait chez eux, laissait une pièce d'argent, guérissait un des petits malades, donnait quelque chaud vêtement.
"Je veillerai sur cette petite, avait dit la bonne fée, lorsque la sixième enfant était née. Appelez-la Lucette ; ce sera ma protégée, j'en prendrai soin."
Et la petite avait grandi, gaie et mignonne.
Mais, un jour, Lucette suivit son père en ville. Là, elle rencontra des enfants mieux vêtus ; elle aperçut mille merveilles ignorées, de beaux jouets qu'elle n'aurait jamais, des friandises auxquelles elle ne pourrait jamais goûter ; elle revint toute songeuse.
Le lendemain, en faisant ses fagots, elle pensait à ce qu'elle avait entrevu un instant. Elle s'assit, découragée ; ses mains étaient bleuies de froid, et elle sentait aussi comme une sensation de froid dans son petit coeur.
Une grosse larme roula sur sa joue.fee021
Ginette arriva.
"Qu'as-tu ?
- J'ai froid ; mes mains sont tout engourdies.
- Console-toi. Je vais faire lever, pour te réchauffer, un doux rayon de soleil.
- J'ai faim...
- Regarde, tout près, sur le buisson, ce fruit doré. Prends, c'est pour toi..."
Lucette remercia, mais ses larmes coulaient toujours.
"Pourquoi as-tu tant de chagrin, ce matin ?
- Je pense aux enfants que j'ai rencontrés hier à la ville. Ils ont de beaux habits, ils mangent des friandises. Ils sont heureux parce qu'ils ont tout ce qu'ils veulent.
- Mais, Lucette, je ne te laisse pas souffrir. Je viens dès que tu m'appelles, je te donne des fruits savoureux, des vêtements pour te préserver du froid. Regarde ces fleurs, écoute ces oiseaux, n'est-ce pas mieux que les jouets des enfants riches ?"
Lucette n'étaient pas convaincue.
"Tu n'es plus content de ton humble sort, tu voudrais plus de fortune, plus de plaisirs ?..."
Ginette coupa un bout du ruban bleu de sa baguette et le noua autour du cou de la petite fille.
"Tiens, Lucette, garde ce taliman. Désormais, tous tes désirs seront sur-le-champ réalisés, tu auras des richesses et des joies tant que tu en voudras. Mais prends garde ! Sois prudente en te faisant ta part de bonheur, n'épuise pas trop vite la mesure qui t'est destinée. Quand tu voudras quelque chose, aussiôt tu l'auras, mais en même temps, le ruban bleu s'usera, diminuera petit à petit, et un jour pourrait venir où tu ne l'aurais plus. Ton privilège, alors, serait fini.
- Mais, douce fée, ne vous verrai-je plus ?
- Une seule fois, quand ton ruban sera petit, petit, à peine perceptible, quand il sera si usé qu'il ne restera 003plus qu'un souhait à faire, je viendrai te donner un dernier conseil. Adieu, petite Lucette..."
Lucette voulut remercier, Ginette avait disparu.
Ravie, n'osant croire à son bonheur, la fillette s'en retourna vers sa cabane, et, vit, elle désira une belle robe.
"Qui est cette belle demoiselle ?" demandaient ses petits frères en la voyant venir dans le chemin.
Et, tandis qu'ils reconnaissaient Lucette, eux aussi se trouvèrent vêtus d'habits somptueux, et aussi le père, et aussi la mère. Lucette ne se possédait pas de joie, surtout quand un beau château remplaça la misérable hutte, que des laquais chamarrés l'entourèrent, et que tous se trouvèrent réunis autour d'une table chargée de mets recherchés, de bonbons, de crèmes et de sucreries.
Lucette, cependant, se lassa de jouer sans fin et de croquer sans cesse des friandise ; ayant vu passer, dans un beau carosse, une belle jeune fille et un jeune prince son fiancé :
"Je voudrais, pensa-t-elle, grandir vite, épouser un beau seigneur..."
Lucette eut aussitôt vingt ans, un riche marquis voisin la demanda en mariage. Ce furent des fêtes magnifiques. Elles finirent dans les larmes : le jeune seigneur dut partir pour guerroyer en lointain pays.
Lucette se désola pendant de longs mois d'être sans nouvelles ; puis, désespérée :
"Faisons le sacrifice d'un peu de notre vie, dit-elle. Peu importe si nous vieillissons, si j'use le temps, mais que cette affreuse guerre finisse, pour que mon époux revienne !"
Et voici que la guerre fut finie, mais le seigneur ne revint pas.
Il était mort là-bas, loin de sa patrie.
Alors, dans son noir chagrin, la princesse désolée, ne tenant plus à la vie, pensa qu'il vaudrait mieux être plus près de mourir ; elle était lasse de vivre, et aurait voulu que le temps courût, rapide, pour abréger ses jours.moyen_age6
Et son souhait se réalisa.
Ses cheveux sont blancs maintenant, sa tête tremble, et elle s'aperçoit que le petit ruban est si court, si ténu qu'elle ne peut plus le saisir de ses doigts tremblants ; ses yeux affaiblis distinguent à peine le mince fil azuré, et c'est tout de suite un regret qui monte à son coeur, un effroi vague qui l'étreint, et un appel suppliant vers sa douce protectrice.
Ginette est devant elle.
"Que désires-tu, Lucette ? Veux-tu d'autre or, d'autres châteaux somptueux, quelques années encore de 024fêtes, de richesses ?... Veux-tu mourir, si tu souffres trop ?... Veux-tu..."?
Et, penchée vers elle, la fée, doucement, tout bas, tout bas, avec un bon sourire, murmure un conseil :
"Veux-tu retourner dans ta forêt ? Veux-tu redevenir la petite Lucette ?"
Un instant après, Lucette, revenue de son rêve d'opulence, courait encore, gaie et joyeuse, dans les sentiers fleuris.
Son rêve n'avait duré que quelques minutes ; les années de jeunesse, les années d'âge mûr, les années de vieillesse, elle les avaient vécues en quelques instants, et cela lui avait suffi pour comprendre qu'il ne faut pas envier le bonheur d'autrui, et que la vraie sagesse consiste à savoir toujours se contenter de la vie telle qu'elle se présente et de ce que l'on a.010

M. REMOND

Posté par choupanenette à 17:53 - Conte de Fées - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags :



« Accueil  1