jtn3twvrIl y avait une fois à Couflens de Salau un homme qui s'appelait Matau, grand chasseur et grand pêcheur et grand fainéant comme tout pêcheur et tout chasseur. Pour tout bien il ne lui restait de son père qu'un vieux fusil sans poudre, et cela pour nourrir six enfants, une femme et une marâtre. Quand notre homme s'en revenait de la pêche sans poisson ou de la chasse sans gibier, il ne faisait pas bon pour lui rentrer en la maison : femme, enfants, marâtre, tous en avaient contre lui ; cris, reproches, coups, tout y passait :
"Fainéant ! ivrogne ! vaurien !..."
Dieu sait les litanies qu'il lui fallait alors écouter !
Un jour il en voit tant que désespéré il va emprunter une corde à un voisin et va se pendre. Il attache sa corde à la branche d'un pommier et se la passe autour du cou.
"Que fais-tu là ? méchant chrétien, lui crie alors une sorte de singe qui était tapi entre les branches d'un noyer.
- Tu le vois, je suis si malheureux que je veux en finir.
- Tu veux faire comme Judas ? Sors de là va, prends cette bourse et tes affaires s'arrangeront."
Matau prend la bourse, compte les écus : un, deux, trois, cinq, dix, vingt, trente, cinquante... et il y en avait toujours ; plus d'écus que ce que l'on trouverait de grains de millet dans le ventre d'un âne !
Il serre la bourse et prend le chemin de la maison. En route, il trouve une auberge, y entre et demande à souper. Il mange tant de tripes, tant d'oeufs, tand de viandes et de gourmandises qu'il lui faut boire comme un trou et qu'il s'endort.
Pendant qu'il dormait, l'aubergiste, qui s'était avisé que la bourse de Matau produisait de l'argent comme un puits de l'eau, la tire de sa poche et à la place tout doucement en met une autre.
Quand Matau a assez dormi, il se lève et s'en va.
Il arrive chez lui tout joyeux et fier comme s'il portait tout Paris dans sa poche :
"Hé ! toute la marmaille, et toi démon de femme, c'est fini pour vous de crier et de souffrir, vous avez ici une bourse qui vous donnera plus de deniers que vous n'en voudrez !"
""C'est ça la fameuse bourse ?... Plate comme une feuille de noyer !
- Ca la bourse que tu es allé chercher, fripon !
- Tu veux encore te moquer de nous ? Attends un peu !... Attends !..."
Et pim et pam, à force de coups et de claques ils le laissent pour mort.
Matau se relève tout meurtri, va emprunter la corde à un voisn, désespéré, pour aller se pendre. Il attache la corde à la branche d'un pommier et se la passe autour du cou.1zavjhgv
"Que fais-tu ici ? méchant chrétien, lui crie alors le singe qui était tapi sur une branche de noyer.
- Tu le vois, je suis si malheureux que je veux en finir.
- Tu veux faire comme Judas alors ? Sors de là, prends ce manteau et tant que tu l'auras, toi et ta famille aurez de quoi manger. Tu n'auras qu'à dire : "Manteau, couvre-toi de tout ce qui est bon à manger." Et le singe lui donne le manteau.
Matau déplie le manteau et lui dit :
"Manteau couvre-toi de tout ce qui est bon à manger."
Aussitôt le manteau se couvre de toute sorte de bonnes choses : des poulets, des gigots, des coques, du vin de Bordeaux, du café et un cochon gras digne d'une noce. Même le cousin du roi n'aurait jamais servi un aussi bon repas !
Quand il a soupé, Matau s'en revient chez lui. Il s'arrête à l'auberge où il avait coucheé la fois précédente et l'aubergiste lui porte à manger :
"Non, non, merci bien, je viens de souper comme un prince."
Et Matau raconte tout ce qui vient de lui arriver, puis il s'en va dormir. Pendant qu'il dort, l'aubergiste lui change le manteau.
D'aussi loin que Matau aperçoit sa femme et ses enfants, il leur crie :
"Maintenant, vous avez fini d'avoir faim et de souffrir, venez, approchez-vous !"
Matau étend son manteau comme le lui avait dit le singe et s'écrie :
"Manteau, couvre-toi de tout ce qui est bon à manger !"
Mais le manteau plein de trous et pièces reste sourd.
"Manteau, couvre-toi de tout ce qui est bon à manger !"
Trois fois Matau répète la même chose et le manteau ne bouge pas ; seuls se voient les trous et les pièces.
"Eh bien ! est-ce là le fameux manteau que tu as porté ? Canaille, tu n'as pas fini de te moquer de nous ! Attends un peu !..."
Et pim et pam, frappe que tu frapperas, ils le laissent pour mort.
Matau pourtant se relève quoique tout estropié et, cahin caha, s'en va emprunter une corde à un voisin pous aller se pendre. Il attache sa corde à la branche du même pommier et se la passe autour du cou.
"Que fais-tu ici ? méchant chrétien, lui crie alors le singe qui était tapi entre les branches du noyer.
- Hé ! Tu le vois bien ! Je suis malheureux que je veux me pendre, et je veux en finir cette fois-ci.
- Et alors, tu n'as pas honte de vouloir faire comme Judas ? Sors de là et prends cette baguette.
- Qu'est-ce que j'en ferai de cette baguette, tout se retourne contre moi ; je suis plus malheureux que les pierres du chemin.
- Quand quelqu'un voudra te toucher, tu n'auras qu'à dire : "Baguette marche !" et tu les verras tous fuir comme des lièvres."
Matau prend la baguette et s'en va. Il arrive à l'auberg, soupe comme un roi et s'en va dormir. Le lendemain matin l'aubergiste lui demande de lui payer le souper et le coucher :
"Baguette, marche !" s'écrie Matau.
Et la baguette saute au visage de l'aubergiste - flip, flap -, elle le frappe aux oreilles, au nez, aux yeux, tant et si bien qu'il en meurt.
Il arrive chez lui. Aussitôt, tous, femme, marâtre et marmaille se mettent à crier car il n'apporte ni viande, ni vin, ni pain :
"Vaurien, chien, va te faire pendre, débarrasse-nous de toi une fois pour toutes, sale pouilleux...
- Baguette, marche !" crie Matau
Et la baguette frappe les jambes des enfants, frappe les oreilles des femmes, - flip, flap -, elle tape sur les caboches, sur les reins, sur les museaux et cela jusqu'à ce qu'ils soient tous morts.
Quand le roi apprit cela, il fit arrêter Matau. Il ordonna qu'il dorme en prison, qu'on lui prenne sa baguette et qu'on le décapite. Et c'est la justice du roi qui l'a fait enterrer dans une terre qui n'est pas sainte, dans une terre en haut de ces montagnes de Couflens de Salau et que l'on appelle "le Pré Matau".

Si vous ne me croyez pas............ Allez voir là-bas !