Des contes et légendes

Rien que des contes et des légendes

31 mars 2008

Le cheval de Margeot - Vieille légende des Côtes-du-Nor

C'était à Kercabin, vieux château près de Pontrieux, sur lequel il courait de singuliers bruits, et que l'on disait hanté par toutes sortes d'hôtes mystérieux. J'y étais allé veiller ma grand-tante qui se mourait... Nous passâmes la nuit autour de son lit, faisant des lectures pieuses et récitant les prières habituelles des veillées des morts. Nous étions là une vingtaine de personnes.cl6nbvow
A une heure très avancée de la nuit, nous entendîmes tous, très distinctement, le pas d'un cheval arrivant au grand galop sur le pavé de la cour. Ma tante, la fille de la défunte, dit aussitôt : "Voilà mon frère le prêtre qui arrive ! Il n'a pas perdu de temps !" Puis s'adressant à un domestique : "Allez le recevoir, Franch Vraz, et mettre son cheval à l'écurie." Deux domestiques sortirent aussitôt. Du haut du perron, ils regardèrent dans la cour et ne virent rien, ni homme ni cheval.
Cependant, ils étaient si certains d'avoir entendu le bruit des sabots d'un cheval sur le pavé de la cour, qu'ils se rendirent à l'écurie, persuadés que le cavalier y avait lui-même conduit sa monture, ou qu'un des chevaux de la maison avait rompu sa chaîne et s'était évadé. Mais ils ne trouvèrent à l'écurie ni cavalier, ni cheval étranger, et aucun des chevaux de la maison ne s'était évadé. Très étonnés de cela, ils vinrent en instruire ma tante, qui répondit tranquillement : "C'est encore le cheval de Margéot !" La veillée continua, et le prêtre attendu n'arriva qu'au point du jour.
Or, voici ce que c'était que Margéot dont je me fis plus tard conter l'histoire, car ces simples mots : "C'est le cheval de Margéot !" avec la circonstance d'un cavalier invisible, me frappèrent d'une étrange façon.
Margéot avait habité le château de Kercabin, il y avait de cela cinquante ou soixante ans. C'était un homme d'une grande force physique, violent et emporté, craint et redouté comme la peste dans tout le pays...
Entre autres crimes, on l'accusait de la mort d'un douanier. Je ne sais quelle raison on donne du meurtre, si Margéot faisait de la contrebande, ou s'il avait quelque sujet de haine et de vengeance contre le douanier ; mais aussitôt le crime commis, il monta dit-on, sur un excellent cheval qu'il avait, et que l'on disait aussi être un présent de l'Enfer, et se rendit à Saint-Brieuc bride abattue. C'était la nuit. Saint-Brieux est à douze ou treize lieues de Kercabin. La justice informa, fit une enquête, et sur quelques indices et de nombreuses présomptions, Margéot fut mis en accusation. Mais grâce à la rapidité et aux jarrets de fer de son cheval il parvint à établir un alibi et fut acquitté. Il mourut peu de temps après, à la grande joie de tout le pays, et quelques vieilles femmes prétendent que deux diables rouges enlevèrent son corps pendant la veillée de mort, et que le cercueil que l'on enterra dans le cimetière de Plouëc était vide.
Depuis lors, la nuit, on entend souvent un cheval arriver bride abattue dans la cour de Kercabin ; et quand les domestiques se présentent pour recevoir le voyageur attardé et mettre son cheval à l'écurie, ne trouvant ni cavalier ni cheval, ils rentrent en maugréant et en disant : C'est encore ce diable de Margéot !

E.-M LUZEL Veillées bretonne

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23 mars 2008

DEMAIN

8sporn16"Viens, dit une soeur à son frère, viens courir dans les près en fleur. Nous disputerons aux papillons les fleurs odorantes aux corolles de pourpre ou d'azur, et nous en ferons des gerbes qui rempliront notre maison de doux parfums. Allons ; le printemps qui s'en va ne nous offrira plus de journée aussi belle.
- Le printemps n'est pas contenu en un jour, reprit le frère, nous jouirons d'heures non moins agréables que celles de ce moment et demain je serai disposé à une promenade dans la prairie.
- A demain donc," conclut la soeur. Mais, avec l'aube nouvelle, une troupe de moissonneurs parut dans la plaine et bientôt la verte parure des près, tranchée par les faux, se flétrit au soleil.
"Descendons ce soir dans le parc, proposa la soeur. Les rossignols y donnent leur concert et, l'un après l'autre, ils font éclater leur chant dans le silence de la nuit. Viens ; partageons le plaisir de les écouter ; hier, j'étais seule à les entendre et je regrettais ton absence.
- Ce soir ? l'air est bien frais ! Demain la soirée sera plus douce."
Le lendemain l'air était plus frais encore et les rossignols, gardant leurs chansons pour une saison meilleure, se taisaient.
"Ferons-nous aujourd'hui une promenade en mer ? demanda la soeur. La barque est prête ; le vent nous poussera sans fatigue et sans peine et ceux qui, de la rive, regarderont notre esquif aux voiles déployées, croiront voir un oiseau fantastique volant à la crête des vagues.
- Oui, nous irons ; mais nous irons demain. En ce moment, j'ai plus besoin de repos qu'une promenade en mer !"
Pendant la nuit, une tempête s'éleva qui bouleversa l'Océan et jeta sur la grève les débris de la barque brisée.
"Voici nos projets emportés, dit la soeur ; mais ne nous plaignons pas alors que nos voisins sont en deuil. Jean, le pêcheur, est mort et l'océan meurtrier a rapporté son cadavre à sa veuve et à ses enfants désespérés. Allons leur porter nos secours, nos consolations. Ils sont pauvres et, dans leur détresse, ils ont besoin de sentir un appui.
- Attendons, répondit le frère que la première douleur soit apaisée ; en ce moment ils ne nous entendraient même pas."
Ils attendirent, ils attendirent et lorsqu'ils vinrent, les mains pleines pour visiter la veuve, ils trouvèrent le logis désert. Des secours plus prompts que ceux qu'ils apportaient étaient venus enlever au frère et à la soeur l'occasion de faire du bien.
Demain est toujours trop tard.

CH. SCHIFFER (1882)

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03 mars 2008

Le lion, le renard et le mulet (conte Arabe)

Un mulet, s'ennuyant à la ville, alla dans le désert se mettre au service d'un lion, afin de vivre sous sa protection.
Il y était depuis quelques jours, lorsqu'un matin le lion dit au renard, habitant du terrier : "Aujourd'hui je me sens en appétit et nous n'avons pas de gibier ; trouve-moi quelque aliment. - Mangez ce mulet, fit le renard. - Non pas, reprit le lion, ce serait une honte pour nous de trahir notre hôte."
Sans se déconcerter, le renard insinua : "Je vais, seigneur, vous fournir un prétexte suffisant pour le dévorer." Alors l'animal rusé se mit à dire : "Il ne convient pas que les gens de naissance impure s'approchent de la personne des rois ; leur présence à la cour est d'un effet pernicieux pour les sujet. - A qui s'adresse ce langage ? dit le maître. Moi je suis lion, fils de lion. - Et moi, je suis renard, fils de renard," ajouta l'orateur. Cependant le mulet gardait le silence. "Allons, parle !" lui dit le renard. Le mulet répondit : "Ma généalogie et mes titres sont écrits sur mon sabot."
En même temps, le mulet levait un pied pareil à un quartier de rocher, avec un fer garni de clous. A cet aspect, le sire du terrier fit quelques pas en arrière. "Si j'approche mon museau de ce sabot formidable, pensa-t-il, la bête m'assènera une ruade dont je ne me relèverai pas," et il restait immobile. Le lion le poussa et lui dit : "Eh bien ! pourquoi n'avances-tu pas ? Dis- moi ce qui est écrit là. - Excusez-moi, seigneur, fit le renard ; l'écriture est bien fine et les lettres trop embrouillées, je ne saurais la déchiffrer."
Cette réflexion ayant fait rire le lion, il lui dit : "Tu l'as échappé belle, tu as failli être victime de tes beaux conseils." Le mulet fut épargné.

A. CHERBONNEAU

Posté par choupanenette à 12:34 - Histoire d'animaux - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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