Des contes et légendes

Rien que des contes et des légendes

14 février 2008

Jean la Fourche - Conte Breton

Un bon vieux grand-père, un soir de Noël, racontait à ses petits-enfants, près du feu rassemblés, l'histoire suivante :
"Dans un petit village breton, non loin de Quimper, habitait, il y a bien longtemps, un riche fermier, le plus cossu des environs, mais avare, avare à tondre, comme dit le proverbe, une puce pour en avoir la peau. Astucieux et méchant, il furetait partout comme un renard, enlevant de ses doigts crochus, ce qu'il pouvait voler sans être vu. Méprisé de tous, Jean la Fourche (ainsi l'avait-on nommé) vivait en vrai loup dans sa grande maison blanche. Sans famille, sans ami, sans même un chien, l'avare se plaisait dans sa morne solitude. Quel plaisir de contempler le soir, à la tremblante lueur d'une chandelle fumeuse, les sacs d'écus au ventre rebondi, - dont le sonore tintement gazouillait une argentine chanson aux oreilles ! Oh ! oui, l'avare l'aimait, cette musique des jaunets d'or et des pièces blanches ! Il restait des heures entières dans le sombre caveau où se cachait sa richesse, il demeurait accroupi sur ses genoux lassés, sans feu, par le froid de décembre ! sans flamme pour égayer la triste demeure léguée par ses pères !
"Un jour pourtant le froid devint si vif, que Jean la Fourche se décida, la mort dans l'âme, à mettre en son foyer glacé quelques gros rondins de hêtre qu'il comptait pourtant bien vendre à la ville voisine.
"Pendant qu'il songeait, près de son maigre feu où fumait un pâle tison, une idée germa en son cerveau d'avare. Un rire silencieux entrouvrit ses lèvres émaciées ; et quittant son escabeau boiteux, il ferma soigneusement la porte de son logis, puis s'assurant que les environs étaient déserts, Jean la Fourche, comme un renard, s'insinua dans l'enclos de son voisin, Jérôme Kernec.
"Le soir tombait déjà, - un triste soir de décembre. Tout à coup une envolée joyeuse des cloches du village ébranla l'air glacé, et comme un écho lointain mille tintement se répercutèrent par les champs et les bois. C'était la veille de Noël ! la veille de la nuit sainte ! Tout le monde étant affairé, nul ne remarqua l'avare qui, sans scrupules ni remords, visitait les coins et les recoins de la propriété de Jérôme.
"Entassés les uns sur les autres, formant une large plate-forme, des fagots, bien secs, protégés par une épaisse couche de chaume, s'étalaient dans l'enclos de Jérôme (un honnête paysan renommé pour sa bienfaisance).
"Et la nuit tombait toujours, de plus en plus noire, se faisant ainsi la complice du vol que méditait Jean la Fourche.
"Juché sur le tas immense, l'avare fébrilement s'emparait des plus beaux fagots, les lançait par-dessus le mur jusqu'en son propre terrain, - non sans jeter un regard furtif, de temps à autre, - pour être certain de n'être pas surpris. En vain sa conscience révoltée lui reprocha son crime, en vain la peur lui tortura-t-elle le coeur ; le démon du mal lui sifflait toujours :
"Prends encore ! prends, le tas est bien assez grand !" Et déjà douze fagots manquaient sur l'amoncellement. Le voleur allait partir quand, à ses pieds, pendant qu'il descendait prudemment de la plate-forme, un énorme fagot vint rouler, laissant voir une grosse branche de chêne arrachée à quelque tronc géant. Un éclair d'envie brilla dans l'oeil gris de l'avare et Jean la Fourche, la sueur au front, chargea sur ses épaules le lourd fardeau ! Il aurait donc, lui aussi, la traditionnelle bûche de Noël ! - Pourtant, la force lui manquant, il allait laisser choir son fagot, quand un homme noir le toucha au bras et, chose singulière, Jean la Fourche ne sentit plus sa fatigue, la bûche énorme ne pesait pas plus qu'une plume sur ses épaules ! Sans se soucier de l'homme noir qui le suivait toujours, le voleur arriva au seuil de sa porte, toujours chargé. Tout à coup une force irrésistible l'enleva de terre. Au moment même une nouvelle sonnerie de cloche lui clama : "Maudit ! va-t'en !" Et il monta ! monta toujours ! poursuivi par les huées des cloches, il monta, les épaules meurtries par ce fagot du diable qui lui broyait les os ! Traversant les étoiles en feu, brûlé par leurs étincelantes clartés, Jean la Fourche monta toujours plus haut dans le vide immense du firmament noir. Et ses plaintes étaient si fortes qu'on entendait sa voix lamentable de la Terre ! Tout à coup un globe géant parut à ses yeux dilatés par la peur.
"Aveuglé par une lumière crue, poussé toujours par la même force, l'avare puni par le ciel même, s'engouffra dans le disque qui n'était autre que la "Lune".
- Mes enfants, continua le bon grand-père, quittez un instant la maison, sortons ensemble et regardons le firmament si clair ce soir : Voyez-vous (vos yeux sont meilleurs que les miens), un être étrange, noir, hérissé qui s'agite dans l'astre des nuits ? Et bien, c'est Jean la Fourche qui se tourne et se retourne comme un damné, portant à perpétuité le bois volé à son voisin ! c'est le voleur et son fagot que vous y voyez, enfants. Mme la Lune est tenace ; elle ne rend pas ce qu'elle prend ! Que ceci, mes chers petits, vous serve de leçon et vous fasse respecter le bien d'autrui ! Sur ce, allons nous coucher et laissons Jean la Fourche se débattre dans la Lune ! Elle ne se laissera pas voler, elle !

Paul LORANSR_ve_de_lune

Posté par choupanenette à 19:47 - Conte, légende, fable, histoire... - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

08 février 2008

Les bossus - Légende Irlandaise

Il y avait une fois un pauvre homme qui était très bon, très laborieux, mais très laid ; il avait une grande bosse sur le dos et le fardeau était si lourd qu'en marchant il avait la tête ployée sur les genoux. Cela le rendait très malheureux et il en pleurait quelquefois de rage. Tous les jours il allait à la ville vendre les paniers d'osiers qu'il tressait. Un soir, qu'il revenait du marché, il se sentit tellement fatigué qu'il fut obligé de s'asseoir au bord de la route sur un tertre. Il avait les yeux pleins de larmes en songeant à son triste sort. Peu à peu, il s'assoupit et rêva qu'il était devenu beau et riche. Tout à coup, une musique étrange le tira de son sommeil. Il lui sembla entendre un chant qui venait du sein de la terre. Les couplets, qu'il ne comprenait pas, se terminait par un refrain bizarre :

Dalouna, Damorta ;

mais ce chant était si mélodieux qu'il ne put s'empêcher de s'y joindre. Alors, il vit s'échapper du tertre une centaine de nains qui l'entourèrent et se mirent à danser en rond, tandis qu'ils répétaient :

Dalouna, Damorta,
Si ta bosse
Est trop grosse
Laisse-la,
Dalouna, Damorta.

Puis soudain, le pauvre homme éprouva un soulagement inexprimable. Le poids qu'il avait sur les épaules avait disparu, et en se regardant de la tête aux pieds dans le ruisseau qui coulait sous yeux, il découvrit qu'il s'était transformé. Le petit bossu était devenu un jeune et beau seigneur, vêtu d'habits magnifiques, l'épée au côté, les poches pleines d'or.
Il ne tira point vanité de son bonheur et mit ses richesses à profit pour venir en aide aux besogneux et aux pauvres de la contrée. Aussi chacun prônait-il ses vertus, disant qu'il n'y avait point d'homme meilleur que lui et que si tous lui ressemblaient, le mal aurait vite disparu de la terre.
Bien des fois il pensait à son passé et il rendait intérieurement grâce aux nains de l'avoir délivré de son affreuse bosse.
La nouvelle de cette miraculeuse guérison courut bientôt tout le pays. Et depuis ce moment, il ne se passa point de jour qu'on ne vînt demander comment s'était opéré le prodige.
- C'est très simple, répondait le beau seigneur à tout le monde. J'ai entendu chanter Dalouna, Damorta et j'ai accompagné le chant : voilà tout.
Or, il y avait, à vingt lieues de là, un autre petit bossu encore plus difforme que ne l'avait été le premier, mais en outre méchant, paresseux, querelleur et si hargneux que tout le monde le craignait plus que le diable. Il battait sa mère et sa tante, donnait des coups de poing à tous ceux qu'il rencontrait et mordait les enfants qui se trouvaient sur son chemin.
- C'est sa bosse qui le rend si mauvais, disait-on.
Et sa mère et sa tante ajoutaient :
- S'il n'avait pas cette difformité qui le met sans cesse en colère, peut-être serait-il doux et bon.
A force de prières elles parvinrent à le décider à se laisser conduire en brouette au tertre habité par les nains. Les voilà donc en route, l'une tirant le brancards, l'autre poussant par derrière. Quand elles furent arrivées à l'endroit merveilleux, elles se mirent à chanter Dalouna ! Damorta ! et, après s'être époumonées, attendirent le résultat de leur invocation : mais leur attente fut vaine. Personne ne répondit à leur appel.
- Les nains veulent sans doute t'entendre toi-même, dirent-elles au petit bossu.
Et elles le supplièrent de chanter. Mais il se jeta sur elles et les assaillit à coups de pied. Puis il reprit sa place dans la brouette.
Tout à coup, il tressaillit. Les nains sortaient du tertre. Ils formèrent un cercle et entonnèrent le refrain :

Dalouna, Damorta,
Si ta bosse
Est trop grosse
Garde-la,
Dalouna, Damorta.

Alors cent d'entre eux apportèrent la bosse qu'ils avaient enlevée au bossu laborieux et bon et la placèrent comme un second étage sur celle du bossu méchant et paresseux.
Et les deux femmes furent obligées de retourner chez elles comme elles étaient venues, avec cette différence que le mauvais diable, au lieu de ne porter qu'une bosse, en avait maintenant deux.

nouvel10

J. JAMES

Posté par choupanenette à 20:33 - Conte, légende, fable, histoire... - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



« Accueil  1