Des contes et légendes

Rien que des contes et des légendes

22 janvier 2008

La légende de l'oiselet

Un homme avait un verger où des ruisseaux d'eau courante entretenaient une herbe toujours verte, et où les oiseaux, attirés par l'agrément du lieu, se réunissaient en grand nombre et faisaient entendre leurs chants.
Un jour que, fatigué, il se reposait dans ce verger, un petit oiseau vint se poser sur un arbre et se mit à chanter délicieusement. L'homme, qui l'avait vu et entendu chanter, tendit un filet et le prit. L'oiseau lui dit : "Pourquoi t'es-tu donné tant de peine pour me prendre et quel profit espères-tu de cette prise ?
- Je ne veux, dit l'homme, qu'entendre tes chants.
- Je ne chanterai, ni pour prix ni pour prière.
- Si tu ne chantes pas, je te mangerai.
- Bouilli, je serai dur ; rôti, je fournirai bien peu. Laisse-moi aller, tu y auras grand profit.
- Lequel ?
- Je te donnerai un conseil de sagesse que tu estimeras plus que la chair de trois veaux."
L'homme, confiant dans la promesse de l'oiseau, le laissa partir. L'oiseau lui dit : "Ne crois pas tout ce qu'on te dit."
Puis il se posa sur un arbre et se mit à chanter dans un doux chant : "Béni soit Dieu qui t'a enlevé ta sagesse ! Si tu avais ouvert mon corps, tu y aurais trouvé une pierre précieuse du poids d'une once."
L'homme se mit alors à pleurer. Mais l'oiseau lui dit :
"Tu as vite oublié l'avis que je t'ai donné. Ne t'ai-je pas recommandé de ne pas croire tout ce qu'on te dit ? Et comment peux-tu croire qu'il y ait dans mon corps une pierre précieuse du poids d'une once quand, tout entier, je ne pèse pas autant ? Après s'être ainsi moqué du vilain l'oiseau s'envola dans les profondeurs de la forêt.

Gaston PARIS - Littérateur français, mort en 1903

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20 janvier 2008

L'histoire de Mahurec

Num_riser0008Aux beaux soirs d'été, pendant les longues traversées, les matelots aiment à se réunir sur le tillac, et à narrer, sous les étoiles, quelque aventure de leur vie errante, ou une des jolies légendes qu'ils ont apprises dans leur jeune âge... Ils ont alors une habitude : afin de savoir si les auditeurs ne s'endorment pas au bercement des vagues, le conteur dit soudain : Cric !
Et les matelots qui s'intéressent à l'histoire doivent aussitôt répondre : Crac !
Or ce soir-là on donna la parole à Mahurec, qui avait de l'imagination, et qui commença en ces termes :
"L'aventure que je vais vous raconter, mes enfants, ne date pas d'hier. Je naviguais alors sur le Goéland, bon navire marchand, fin marcheur, et qui nous promenait parmi des mers de glace où il faisait si froid, que la fumée des pipes gelait dans l'air - aussi vrai que je suis parmi vous ce soir. - Cric !
- Crac ! répondit l'auditoire en choeur.
- Un jour, continua Mahurec, le capitaine me fait appeler et me dit :Num_riser0009
"Mahurec, tu es un garçon habile, et je vais te donner une mission de confiance... Nous manquons d'eau douce... Tu prendras avec toi Cadillac ; vous descendrez tous les deux sur l'île qu'on aperçoit là-bas, et vous me rapporterez cette barrique pleine. Est-ce bien compris ?
- C'est compris, mon capitaine."
Nous voilà donc partis. Nous ramons vers la terre... Cadillac, toujours gai, chantait une chanson de son pays, si bien que, faute d'attention, comme il tenait le gouvernail, il nous mène droit sur un rocher et crève notre barque... Cric !
- Crac ! firent toutes les voix.
Mahurec reprit aussitôt :
"Le capitaine va se fâcher, s'écria Cadillac... Abordons et réparons vite l'avarie !"
Nous tirons la barque à terre, nous l'appuyons la coque en l'air, et, sur le conseil de Cadillac, nous nous mettons à déjeuner pour nous donner des forces.
Le camarade avait pris ses précautions, et je ne sais pas où il avait découvert toutes les friandises qu'il nous servit... Tout à coup, je le vois pâlir.... Il se met à trembler, les mots ne sortent plus de ses lèvres, et tout ce que qu'il peut faire, c'est de me montrer, en étendant le bras, deux ours blancs énormes qui s'avancent tranquillement vers nous...Num_riser0010
Je bondis aussitôt, je saisis mon matelot par le bras, et nous nous précipitons derrière la coque, tandis que, sans se presser, les maudits ours arrivent à notre place et achèvent notre déjeuner...
Cadillac était indigné... Il les traitait de voleurs, de bandits, de scélérats. Il avait du reste retrouvé son sang-froid et cherchait un moyen de nous tirer de là.
"J'ai trouvé, s'écria-t-il tout à coup... Attention ! Mahurec.
- J'y suis, matelot, répondis-je.
- Alors... pousse !"
Num_riser0011Nous poussons, le canot se renverse, et nos deux ours, se trouvent pris dessous, comme un vulgaire rat dans une souricière. Quelle joie, mes amis !
Nous nous hissons sur la quille, et... Cric !"
Mahurec ne remarqua pas que les "Crac" étaient moins nombreux, et continua :
"Nous nous mettons à danser... Hélas ! notre gaîté ne fut pas de longue durée. Cadillac avait repris sa chanson, lorsque, tout à coup, le canot vacille, et v'lan ! nous voilà tous les deux à terre !Num_riser0012
Ah ! nous fûmes vite relevés.. Nous prîmes nos jambes à nos cous... et nous voilà à détaler à toute vitesse... et à grimper aussi haut que nous pûmes sur les pics de glace qui  nous environnaient.
Quand nous nous crûmes en sûreté, nous osâmes enfin regarder, et ce fut un curieux spectacle que celui qui frappa nos yeux.
Les deux ours s'étaient relevés, mais, n'ayant pu se dégager, ils marchaient en Num_riser0014portant le canot sur leur dos. Ils semblaient ainsi une énorme tortue à huit pattes, espèce très rare, comme vous savez - puisqu'elle n'existe pas !
Notre pauvre barque disparut bientôt dans le lointain. Jamais nous ne la revîmes - et ce n'est que deux jours après que le capitaine, inquiet sur notre sort, nous envoya chercher...
Mon histoire est finie... Cric !..."
Mais personne ne répondit : "Crac !"Num_riser0015
Alors Mahurec, sans s'émouvoir, voyant que tout le monde sommeillait, s'étendit sur le pont, et s'endormit aussi...
Il rêva que l'histoire qu'il avait racontée était arrivée.

Jean CASTINE

Posté par choupanenette à 17:19 - Conte, légende, fable, histoire... - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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