Voici ce qu'en Bretagne, à Noël, dans les landes,
On conte au coin de l'âtre où brûle un feu de brandes.

Un soir, Jésus, quittant le temple, s'égara,
Et, perdu dans la nuit, il eut peur et pleura.
Il était tout petit, ayant sept ans à peine ;
Mais c'est l'âge où déjà l'enfant connaît la peine.
Il songeait à sa mère, au chagrin qu'elle aurait,
Quand, inquiète et triste, en vain elle attendrait.

Sa tendresse infinie augmentait ses alarmesallsoulsdayp
Et de ses yeux si doux coulaient d'ardentes larmes.
Autour de lui régnait, morne, silencieux,
Enveloppant la terre et la mer et les cieux,
L'isolement lugubre et le désert livide.
Son esprit s'effarait à cet aspect du vide.
D'affreux pressentiments s'emparaient de son coeur.
Il lui semblait entendre, en un rire moqueur,
Se marier les voix de l'ombre et de l'abîme :
"C'est l'instant, pensait-il, où l'essaim noir du crime
"S'abat, mystérieux, sur l'immense univers,
"Où le mal, se cachant sous les masques divers,
"Rôde, monstre sinistre, en quête d'une proie,
"Où l'enfer déchaîné fait éclater sa joie."

Puis il s'agenouilla, priant avec ferveur :
"O mon Père du Ciel, j' implore ta faveur :
"C'est aujourd'hui Noël, la nuit de ma naissance,
"La nuit où s'accomplit l'oeuvre de ta clémence,
"Quand ton regard plongea dans les obscurités,
"Où, loin de leur vrai Dieu, les mortels emportés,
"Comme le flot tarit séparé de sa source,
"Descendaient au néant sans espoir, sans ressource ;
"Quand, infaillible et bon, pardonnant, tu voulus
"Les sauver et tu dis : ils ne souffriront plus.
"Tu m'envoyas vers eux sur leur glèbe fragile ;
"Tu donnas à mon âme une prison d'argile ;
"Et, messager divin de tes desseins secrets,
"Je viens leur apporter tes éternels secrets."