C'était une pince à linge qui ne pinçait plus rien parce qu'elle était tombée du balcon. D'en bas, elle voyait là-haut ses frères et ses soeurs qui pinçaient joyeusement des torchons, des caleçons, des draps, des serviettes, des chaussettes et de jolis mouchoirs de fil.
Un petit garçon la vit, la ramassa et se pinça le nez avec.
La pince était fière.
Un nez c'est plus joli qu'un mouchoir, c'est plus joli qu'une serviette. Elle pinçait si fort que le petit garçon eut mal. Il voulut enlever la pince mais elle tenait à lui et refusait de la lâcher.
Il se mit à pleurer, il se mit à hurler.
Sa mère accourut, enleva la pince et la mit dans la poche de son tablier. Là, il y avait une clé, une épingle à cheveux, des miettes de pain, une enveloppe froissée, rien de bon à pincer.
Mais le lendemain matin, le pince était de nouveau sur la corde où elle pinçait un beau mouchoir à carreaux. Et, comme il y avait du vent, un petit vent doux qui venait du sud, elle dansait avec le mouchoir et elle était heureuse.