Elle trouva morts tous les êtres vivants ou plutôt tous ceux qui avaient eu vie : hommes, femmes, chevaux et toutes bêtes. Elle se trouva ensuite dans une belle pièce où se trouvait un mort roulé dans une riche couverture, tout près duquel un éventail, un livre et un chasse-mouches.
Elle jeta les yeux sur le livre et lut ce qui suit : "Le mort, qui est dans cette chambre, ressucitera si quelqu'un l'évente avec cet éventail qui est près de lui et s'il lit, tout en chassant les mouches, dans ce livre pendant trois ans, trois heures et trois minutes.
La jeune princesse connaissant son triste sort se mit à l'oeuvre aussitôt. Quand elle était fatiguée, elle se mettait à la fenêtre pour respirer un peu d'air et se donner quelque repos. Puis elle reprenait sa pieuse besogne.
Un jour qu'elle se trouvait à la fenêtre, elle vit passer une bohémienne avec sa fille, elle les héla et proposa à la mère de lui prendre sa fille contre un superbe, collier qu'elle portait au cou. La bohémienne accepta et, à l'aide d'une corde que la princesse descendit de la fenêtre, la petite bohémienne se trouva dans le palais des morts.
La princesse dit alors : "Il y trois ans que je suis exactement les instructions de ce livre ; dans trois heures et trois minutes le mort ressucitera ; mais, comme je suis fatiguée et que j'ai besoin de repos, je vais aller me coucher, et toi, tu me remplaceras auprès du cadavre." Puis elle se retira après avoir donné les instructions nécessaires à la petite bohémienne qui s'exécuta avec bonne volonté.
Les trois heures et les trois minutes écoulées, le mort ressucita. Il demanda à la bohémienne qui était la charmante personne qui se reposait là. Elle répondit que c'était une fille qu'elle s'était procurée comme aide, mais qui n'avait pas voulu l'aider du tout.
Le ressucité alla visiter ses nombreux domestiques qui se réveillèrent tous de leur profond sommeil. Puis il fit enfermer dans une prison souterraine la princesse qui, d'après l'injuste accusation de la bohémienne, n'avait pas voului l'aider. On ne donnait pour toute nourriture à l'infortunée fille du sultan que les restes de la domesticité, qui lui reprochait toujours de n'avoir pas aidé à réveiller le maître.
Le prince du château se maria avec la jeune bohémienne.
Quelques temps après il eut envie de faire un voyage et voulut rapporter à chacun un petit cadeau ; c'est pourquoi avant de partir il demanda à tous ces gens ce qu'ils désiraient. Il alla même demander à la fille du sutan ce qu'elle souhaitait. Elle répondit que son unique voeu était qu'il fût toujours en bonne santé. Il la pressa pour lui faire demander quelque chose, mais elle persista dans son refus.
Il lui dit alors : "Je sors et dans un instant je reviendrai ; si tu ne me demandes pas quelque chose, je saurai ce qu'il me restera à faire."
Il sortit et revint au bout d'un instant. Elle lui demanda alors : la boîte de la patience, la boîte de la douleur et le sabre du sang. Elle ajouta que, s'il lui rapportait ces choses-là, son vaisseau marcherait bien, sinon son vaisseau s'immobiliserait.
Il consentit et partit en voyage. A son retour, il s'était tout procuré, mais il avait complètement oublié la commission de la pauvre prisonnière. Il ne s'en souvint que lorsqu'il aperçut qu'il n'y avait pas moyen de faire avancer le bateau. Il retourna alors à terre  et fit l'acquisition des boîtes et du sabre.
Arrivé chez lui, il distribua tous les présents et alla porter lui-même celui de la prisonnière. Il se cacha ensuite derrière la porte de la prison pour se rendre compte par lui-même de ce qu'elle voulait faire de ces objets. Il vit la fille du sultan qui plaça devant elle ces boîtes et leur dit :"O boîtes de patience et de douleur, donnez-moi la patience nécessaire pour supporter ma douleur !" Puis elle raconta toute son histoire depuis l'apparition de l'oiseau jusqu'à ce moment-là. Quand elle eut fini, la boîte de la patience lui dit : "O ma princesse Tcherkesse, tu dis la vérité, ton père est un roi régnant et chacune de tes paroles vaut mille dinars (pièces d'or)."
La fille du sultan reprit : "O boîte de patience, donne-moi la patience ! ô sabre avide de sang, tranche-moi la tête !" Le sabre se leva ; le prince, comprenant tout, se précipita et s'emparant du sabre, l'empêcha de tomber sur le chaste cou de la noble princesse.
Il s'empressa ensuite de mettre à la porte l'ignoble bohémienne et prit pour femme celle qui sut supporter ses peines sans plaintes ni murmures. Ils vécurent heureux et contents pour le reste de leur vie.

Conte populaire inédit de la vallée du Nil